Du 30.11.13 au 11.01.14

Ed Lachman

Photos / Montage

On a connu, on connaît des peintres, des écrivains, des réalisateurs qui furent aussi de talentueux voire de grands photographes. Etrangement rarissimes sont les chefs-opérateurs qui sont passés de l’image en mouvement à l’image fixe, un processus qui semblerait naturel pour des artistes concernés  avant tout par le visuel. D’où la révélation du travail d’Edward Lachman qui depuis trente cinq ans a photographié avec un art certain comme le révèle cette exposition. Ce grand directeur de la photographie a commencé par un processus inverse. Muni d’un polaroid (qui comme il le dit lui-même, par le caractère unique, non reproductible s’apparente au daguerréotype des origines de la photographie) il a photographié les comédiens, les décors, les lieux de tournage des films qu’il allait éclairer avec le cadrage voulu par lui et le réalisateur. En ce sens il se distingue des photographes de plateau qui ne saisissent pas fidèlement le plan qui sera filmé. Ce sont des images étonnantes qu’il nous livre aujourd’hui mais aussi des photos de repérage ou des portraits, comme celui de River Phoenix peu avant sa mort.

Muni d’une grande culture visuelle Ed Lachman est aussi un cinéphile assidu comme j’ai pu le constater, profitant de sa présence dans les festivals pour partir à la découverte des films les plus divers. Cette connaissance intime du cinéma liée à sa sensibilité artistique, il les a mises au service de certains des plus grands cinéastes contemporains de Todd Haynes, à Steven Soderbergh, de Robert Altman à Ulrich Seidl, de Todd Solondz à Sofia Coppola et Larry Clark avec lequel il a co-realisé Ken Park, sans oublier Werner Herzog, Wim Wenders et Volker Schlöndorff, trois artisans du renouveau du cinéma allemand auprès desquels il a travaillé à ses débuts.

A cheval entre l’Europe et les Etats-Unis il a fait preuve d’un éclectisme exceptionnel, n’imposant jamais un style d’éclairage mais s’adaptant au contraire à la vision personnelle des metteurs en scène. Rien ne le prouve mieux que son travail sur I’m Not There de Todd Haynes, portrait éclaté de Bob Dylan, interprété par six différents comédiens (dont une femme, Cate Blanchett et un enfant), chacune des sections étant photographié dans un registre différent.

Edward Lachman aime avant tout expérimenter. Si il a travaillé à Hollywood ce fut toujours pour des artistes qui ne se pliaient pas aux normes des studios. Quand il tourne Erin Brockovich de Steven Soderbergh avec une star comme Julia Roberts c’est pour aboutir à une image sans apprêt, au réalisme cru. Avec le même Soderbergh, il s’inspire de la photographie du Point de non retour de John Boorman pour peindre un Los-Angeles stylisé. Avec Ulrich Seidl chez qui la frontière entre fiction et documentaire s’efface, il fait preuve de la même souplesse pour appréhender le réel qui le suit dans la trilogie Paradis en Afrique, en Autriche ou dans les pays de l’Est.

L’exposition à la Galerie Cinema impose au delà de la variété des expériences esthétiques d’Edward Lachman l’unité d’une œuvre, porteuse d’un regard unique.

 

Michel Ciment

Directeur de la publication du magazine Positif

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SÉLECTION D'OEUVRES DE L'EXPOSITION:

Far From Heaven, 2002
Format: 63,5 x 50 cm

Far From Heaven, 2002
Format: 63,5 x 50 cm

Far From Heaven, 2002
Format: 63,5 x 50 cm

Far From Heaven, 2002
Format: 63,5 x 50 cm

Polaroids - Charlotte Gainsbourg,
Format: 29 x 36cm

Polaroids - Cate blanchett,
Format: 29 x 36cm

Polaroids - Michelle Williams,
Format: 29 x 36cm

Polaroids - Heath Ledger,
Format: 29 x 36cm

PHOTOS DU VERNISSAGE: